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Les chrétiens n'ont pas leur place dans le système politique. Point barre.

Le 29 octobre 2018 par

father and son working together

Le récent éditorial du Révérend Timothy Keller dans le New York Times, « Où les Chrétiens se situent-ils au sein du système bipartite ? Nulle part (How Do Christians Fit Into the Two-Party System ? They don’t » m'a fait réfléchir. Réponse perspicace, pertinente, élégante et stimulant, mais (et je le dis avec un profond respect), elle passe à côté de la question la plus importante.

Keller soutient que nous ne devons jamais assimiler Église la foi chrétienne à un parti politique particulier. Non seulement cela donne une fausse impression aux incroyants, mais cela ne différencie pas les mandats bibliques du jugement pratique (par exemple, il existe de nombreuses façons d'aider les pauvres), et force les chrétiens à choisir entre les questions sociales évoquées avec insistance dans la Bible (par exemple, justice sociale et caractère sacré du mariage).

Sur tous ces points, Keller a raison. Il a également raison d'affirmer que les chrétiens ne devraient pas se retirer de la politique. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement ? M. Keller croit que l'engagement politique est primordial. Mais par « politique », il entend l'appareil de pouvoir de l'État. Puisque Joseph et Daniel ont occupé des postes importants dans le gouvernement païen, alors, selon Keller, les chrétiens devraient faire de même.

Le devraient-ils ? Vraiment ? Ni Joseph ni Daniel n'ont choisi leurs postes respectifs. Certes, Dieu, dans sa sagesse, a utilisé ces deux hommes pour accomplir son plus grand dessein de rédemption, mais on est loin d'entendre un appel de Dieu à « servir son pays ». Il en va de même pour le Bon Samaritain, que Keller cite également. Ce voisin incarne un tout autre type de politique, en opposition directe avec la politique d'exclusion de son époque.

À mes yeux, il manque à Keller le sens de l'altérité radicale de la vraie politique évangélique. En effet, être disciple du Christ, c'est être politique, mais pas dans le sens habituel de recourir au pouvoir pour atteindre certaines fins. La façon d’agir de Jésus n'est pas de manipuler le processus politique, mais de laver les pieds des autres. Jésus vainc principautés et puissances, non par la force de la loi, mais sur la croix. Il subvertit le modus operandi même du monde : « Les rois des païens les dominent, et ceux qui exercent leur autorité sur eux se disent leurs bienfaiteurs. Mais ce n'est pas ainsi que vous devez être » (Luc 22.25).

C'est par la douceur du Christ, écrit Paul, que nous faisons appel à la justice et à la vérité. Nous ne vivons pas « selon les normes de ce monde », et nous ne « faisons pas la guerre comme le monde », dit-il (2 Corinthiens 10.1-5). Car, en tant que sel et lumière, c'est par le témoignage de qui nous sommes – nos bonnes actions (Matthieu 5.16) et le bon témoignage de nos vies (1 Pierre 2.11) – que Dieu transforme le monde et le rend meilleur.

L'église primitive l'a compris. Accusés d'être subversifs, déloyaux envers César pour avoir refusé de servir sa cour, les premiers chrétiens croyaient que le meilleur service qu'ils pouvaient rendre à l'État c’était l'Église. Origène soutenait que ce n'était « pas pour échapper aux services publics que les chrétiens évitent de telles choses », mais pour que les non-croyants « puissent s'engager dans les paroles et les œuvres sérieuses de la foi, et ainsi, adorer vraiment Dieu et former tous ceux qui en ont le pouvoir, à se mélanger à la Parole de Dieu ». Fixons donc nos yeux sur qui nous sommes appelés à être en tant qu'Église. En-deça, ce n’est qu’une distraction, voire une pure et simple illusion.

La politique de Dieu n'est pas de légiférer et voter de bonnes et meilleures lois, ou de voter pour des leaders politiques pieux, mais de mener des vies si remarquables que les autres se sentent obligés de s'engager dans la politique de Dieu.

C'est ce que Clarence Jordan, fondateur de la communauté interraciale KoinoniaFarm, a essayé de faire. Bien qu'il ait respecté le mouvement des droits civiques, il fut attristé de la façon dont se pratiquait la lutte raciale :

Je peux difficilement l'accepter à des moments où toute la lutte d'intégration est menée, non pas dans la maison de Dieu, mais dans les dépôts de bus, assis autour du comptoir de Woolworth, à se disputer pour savoir si on peut manger du hamburger et boire des Cokes ensemble, quand nous devrions être assis à la table de Jésus en train de boire du vin et partager du pain ensemble. J’ai mal de voir que nous, les chrétiens qui avons la parole de Dieu dans notre cœur, sommes forcés de nous asseoir autour de la table de Woolworth et continuer à séparer la table du Christ.

Le point de vue de Jordan ? L'Église s’est détournée du droit chemin parce qu'elle accepte compromissions et complicités. Ses énergies politiques sont donc déviées. Son incapacité à être un témoin fidèle et un exemple de la communauté bien-aimée de Dieu – où tous sont inclus et où ses fidèles disciples vivent ensemble dans la justice – n'est pas seulement un acte d'accusation, mais un avertissement, un appel à réengager la politique de Jésus. Le Sermon sur la montagne, et non les salles du Congrès, voilà la clé de la réconciliation raciale.

Quand l'église s'engagera à incarner la politique de Dieu, alors les chrétiens ne se compromettront avec aucun système mondain – qu’il soit bipartite ou autre. L'Église, par sa vie même, est politique. Lorsqu'il illustre la participation mutuelle, la justice économique, les actes de paix, les mariages sains et les soins mutuels du berceau à la tombe, il nous rappelle que la politique de Dieu n’a rien à voir avec celle du monde. La vie de l'Église n'est pas seulement une alternative politique, mais une réponse politique. Fixons donc nos yeux sur qui nous sommes appelés à être en tant qu'Église. Moins que ça, c'est une distraction, si ce n'est une illusion pure et simple.

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