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Le mythe du chrétien qui est perpétuellement joyeux

Le 15 octobre 2018 par

photo of a clay oven

Dimanche dernier, notre famille s’est mise en tête de fabriquer un four en terre cuite. Je ne vais pas donner un compte rendu circonstancié, ni vous brasser avec notre méthode de construction, ni essayer de vous convaincre de vous lancer là-dedans pour faire du lien avec votre famille, pour les raisons suivantes :

  1. C'est précisément le genre d'absurdités pittoresques, de retour à la terre, du genre de celles qu’affectionnent les lecteurs du Guardian amateurs de tofu, eux qui portent des sandales et se la jouent gauchistes. Bref, pa mon genre.

  2. Comme tous nos « projets familiaux », c’est à moi qu’incombe de faire tout le boulot.

En tout cas, cette expérience fut inénarrable : épuisante, stressante, et l'occasion de laisser échapper une bordée de jurons. N'essayez pas ça chez vous...

Cela faisait deux heures que nous nous efforcions de construire le four, à battre un mélange humide d’argile et de sable sur un cône de sable moulé ; l'idée étant qu'après le séchage de l'argile, nous creuserions le sable au milieu. Après quelques heures d'attente, Olivia a emmené jouer les deux plus jeunes et j'ai commencé à creuser le four pendant que les deux garçons plus âgés nettoyaient les outils. J'avais enlevé environ un tiers du sable lorsque j'ai distinctement remarqué un inquiétant affaissement dans le toit. J'espérais que tout irait bien et j'ai continué. Après avoir enlevé un autre tiers, j'ai vu le toit s'effondrer de façon spectaculaire et je me suis précipité pour trouver un étai. C’est alors que j'essayais désespérément d'empêcher le toit de se briser complètement que notre enfant de cinq ans est arrivé pour dire que maman voulait savoir combien de temps ça allait encore me prendre. « Dis à maman qu’il me faudra encore un million d'années ». Le toit s’affaissait encore et s'est ouvert en deux ; j’ai vite mis mon étai en place, mais le toit s’est totalement effondré.

— Papa, demanda mon fils de dix ans. Papa, je peux aller pêcher maintenant ?

— Mon fils, lui dis-je, ne penses-tu pas que poser cette question à ce moment précis c’est faire preuve d’un peu de cruauté ?

Il se dandinait sur ses pieds. Je me suis tourné vers le four en lui adressant des remarques que la décence m’empêche de reproduire ici …

Après quelques minutes, j’ai rappelé les garçons.

— OK, dis-je, vous pouvez tous aller voir maman et faire du vélo, de la pêche, n'importe quoi. Dis-lui que j'ai fini de dire des insanités et que je vais reconstruire le four.

Et c’est ce que j’ai fait : j’ai nettoyé et rempli des seaux de ruines et tout recommençant à zéro. Divers membres de la communauté de Darvell s'arrêtaient de temps en temps pour m’adresser quelques paroles encourageantes, pendant que je murmurais en moi-même et transportais de grandes mottes d’argile, pour lissant toute cette masse en forme de dôme. Ça semblait tenir le coup.

* * *

Je repensais au four et à l'expérience de sa fabrication, l'autre jour, en feuilletant un magazine mensuel chrétien. J'ai ensuite pensé à la chanson de R.E.M, « Shiny Happy People Holding Hands » (des gens bien propres sur eux et béats de bonheur, qui se tiennent la main). On aurait dit que tout le monde avait sur le visage de ces grands sourires figés comme sur les pubs et les photos de famille. Qu'est-ce qui cloche chez nous, chrétiens ? Pensons-nous que c'est notre devoir d'être heureux (« Mince ! Mais comme on va s’amuser ! ») ; ou alors : si nous ne sommes pas heureux, c'est la preuve qu’on manque de foi, ou quoi ? Cela ne vous dérange pas d'entendre quelqu'un s’exprimer avec ce genre de voix fruité et joyeux : « Dieu n’est-il pas merveilleux ? » Parce que, d'après mon expérience, oui, il est merveilleux, terrible, effrayant, impressionnant, imposant, mais aussi très, très exigeant.

L'idée que Dieu est là pour nous aider à nous rendre la vie un peu plus facile est quelque peu hors-sujet. Je ne connais personne qui navigue dans la vie sans quelques catastrophes et sans essuyer quelques tempêtes. Je ne pense même pas qu'un long fleuve tranquille soit à souhaiter. Vivre en disciple c’est soit quelque chose à quoi consacrer votre vie, soit un songe-creux. Et si nous voulons rendre un témoignage chrétien aux païens du quartier, nous ferions mieux de nous montrer comme nous sommes vraiment, au lieu de faire semblant d’être comme nous le souhaiterions.

Oh, à propos, le four a fini par fonctionner, et à merveille en plus. Je l'ai creusé avec succès le lendemain et allumé un feu à l'intérieur ; deux jours plus tard, nous avions cuit notre premier pain. Je vais devoir retrouver mes vielles sandales Birkenstocks et passer une grosse commande de tofu…

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